DAJAP/2026/352 – Intervention de Stéphanie BOCQUET
Nous l’avions dit l’an dernier, nous le disons à nouveau cette année, Monsieur le Préfet, nous saluons votre présence (et celle de vos services) devant notre assemblée, ainsi que la présentation de ce rapport d’activité des services de l’État dans le Nord.
Ce temps d’échange est utile et précieux.
Pour autant, en premier lieu, une remarque générale du groupe écologiste si vous voulez bien.
Ce RASED apparaît davantage comme un rapport de valorisation de l’action de l’État plutôt qu’une évaluation des politiques publiques.
Il comptabilise les moyens mobilisés bien davantage qu’il n’évalue les résultats obtenus.
Les points que nous souhaitons aborder aujourd’hui, sont les suivants :
- La sécurité et la sûreté nucléaire ;
- La lutte contre l’artificialisation des sols ;
- La nécessaire adaptation au dérèglement climatique ;
- La protection de la faune sauvage, élément essentiel du vivant ;
- La lutte contre les violences intra familiales ;
- La protection de l’enfance,
- Enfin, la jeunesse et l’éducation.
Un sujet quasiment absent du rapport est la sûreté nucléaire.
Le RASED consacre de nombreuses pages aux questions de sécurité publique, mais très peu à la sûreté nucléaire alors même que la centrale de Gravelines se trouve dans notre département.
À ce titre, nous souhaitons comprendre les raisons qui ont conduit l’État à passer outre l’avis de l’ASNR (l’autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection) pour autoriser la reconstruction de Sportica, (futur équipement culturel, sportif et commercial) pouvant accueillir jusqu’à 4000 personnes, équipement pourtant situé dans un rayon de moins de 2 kilomètres de la centrale nucléaire de Gravelines, compliquant ainsi les conditions d’évacuation des populations autour de la centrale.
Deuxième sujet : la lutte contre l’artificialisation des sols.
Alors que nous examinerons aujourd’hui la troisième modification du SRADDET (le Schéma Régional d’Aménagement, de Développement Durable et d’Égalité des Territoires), nous souhaitons insister auprès de vous, Monsieur le Préfet, sur l’objectif de zéro artificialisation nette.
Le RASED présente les gigafactories, les data centers ou certains grands projets industriels principalement sous l’angle de leurs retombées économiques.
Mais qu’en est-il de l’analyse de leurs impacts environnementaux ?
Où est la réflexion sur la consommation foncière, sur les besoins en eau (l’eau, ce bien commun à préserver) ? Sur les besoins énergétiques ? Ou encore sur les atteintes à la biodiversité ?
La conférence régionale de gouvernance doit permettre une véritable remise en question de la logique des grands projets pour aller vers davantage de sobriété foncière, de recyclage des friches et de priorisation des besoins réellement essentiels.
Comment l’État entend-il garantir le respect de la trajectoire ZAN alors que les projets fortement consommateurs d’espace continuent à se multiplier ?
Concernant l’adaptation au dérèglement climatique
Le rapport mentionne une COP départementale consacrée à l’adaptation au changement climatique ainsi qu’une feuille de route régionale.
Les vagues de chaleur successives, les incendies de forêts sans précédent, et la sécheresse historique qui ont marqué l’été 2026 témoignent d’une impréparation massive et d’un sous-investissement chronique dans des politiques d’atténuation et d’adaptation de nos territoires au dérèglement climatique.
Nous sommes plus que jamais inquiètes et inquiets du décalage entre l’ampleur des bouleversements déjà à l’œuvre et le niveau de réponse apporté par l’Etat et les collectivités.
Jamais évoquées au sein de cette assemblée, nous souhaitons savoir quelles suites concrètes ont été données aux quinze leviers identifiés lors de cette COP départementale.
Le RASED évoque à la marge le Fonds vert, contrairement au RASED présenté l’an dernier. Le Fonds vert constitue un outil précieux pour accompagner les collectivités dans la transition écologique. Pourtant, les besoins restent immenses.
Enfin, sur la lutte contre la précarité énergétique, comment ne pas évoquer le signal très préoccupant envoyé par le “stop-and-go” de l’État sur MaPrimeRénov’ durant l’été 2025 ? Cette instabilité fragilise les ménages, les artisans et les collectivités alors même que la rénovation énergétique constitue l’un des principaux leviers de réduction des émissions et d’amélioration du pouvoir d’achat.
Concernant le vivant et la protection de la faune sauvage.
Si nous saluons les opérations de contrôle réalisées dans le domaine de la chasse, nous souhaitons relayer aujourd’hui une demande formulée par plusieurs associations environnementales ; nous avions d’ailleurs demandé à Christian POIRET ici présent, de vous interpeller à ce sujet par courrier fin août.
Cette demande, c’est l’interdiction, pour la saison de chasse 2026-2027 et les prochaines, de tout agrainage et de tout acte de chasse dans un périmètre de 1 500 mètres autour de la réserve naturelle belge des Marais d’Harchies, site ornithologique d’intérêt majeur. Or, chaque année, dès l’ouverture de la période de chasse, des titulaires de permis de chasse français se positionnent à la frontière belge face aux marais d’Harchies et abattent plusieurs centaines d’oiseaux qui vivent dans cette réserve naturelle.
Habitués à voler jusqu’aux étangs situés côté français pour manger, de nombreux canards succombent dès qu’ils passent la frontière, chaque année aux alentours du 21 août.
Ces activités cynégétiques portent atteintes à la biodiversité présente sur cette Zone Humide d’Importance Internationale.
Concernant la lutte contre les violences intrafamiliales
Nous saluons la mise en place du Pack Nouveau Départ, construit en partenariat avec le Département. Nous souhaitons cependant rappeler notre inquiétude sur la situation de l’association SOLFA. D’une part sur le glissement sémantique : je rappelle qu’il y a un an, on parlait de femmes vulnérables et non plus de femmes victimes de violence.
En outre, chaque année, SOLFA rend compte de son activité à chaque service de l’État la finançant (hébergement, prévention de la délinquance, égalité femmes-hommes…) de façon à la fois quantitative, qualitative et financière. Une réunion des cofinanceurs s’est tenue récemment. Quelles garanties et perspectives ont été apportées concernant la pérennité de l’association, sur le plan financier, notamment au regard d’une éventuelle participation de financeurs privés, mais également quelles garanties sur le plan de l’emploi et du maintien de ses salarié·es.
Protection de l’enfance à présent : nous partageons l’objectif de développer la prévention. Mais il reste scandaleux que près de 200 décisions de placement prononcées par des juges des enfants ne trouvent pas de solution d’exécution sur notre territoire. Que compte faire l’État, aux côtés du Département, pour contribuer à résorber cette situation ?
Pour conclure, les sujets Jeunesses – au pluriel- et Education :
Au sujet des mineurs non accompagnés, en recours ou reconnus mineurs, quelles actions sont mises en œuvre pour garantir leur scolarisation effective ?
Comment accompagner les associations qui travaillent à lutter contre le décrochage scolaire de ces jeunes MNA ?
Toujours concernant les mineurs isolés, vous n’êtes pas sans savoir qu’ils sont aujourd’hui 80, Plaine des Vachers à Lille ; après avoir vécu les canicules, c’est un déluge qui s’est abattu sur eux fin de semaine dernière : il y a urgence à trouver une solution, Monsieur le Préfet.
A présent, la jeunesse et les collèges
Nous souhaitons connaître l’ensemble des travaux programmés dans les collèges du département d’ici la fin du mandat et nous espérons qu’ils sont à la hauteur des besoins.
Depuis plusieurs années, tant l’éducation nationale que les institutions qui gèrent les établissements scolaires (villes, département et région), invoquent la baisse démographique à venir…
Souvent, comme argument pour justifier de la baisse du recrutement dans l’éducation.
Si cette baisse est bien réelle, nous pensons qu’elle peut servir une hausse des taux d’encadrement et donc des conditions d’apprentissage pour nos élèves et pour les équipes éducatives.
Monsieur le Préfet, quelle est donc la prospective précise de la baisse démographique en cours et ce qu’elle implique ?
Comment calculez-vous cette baisse démographique attendue ?
Est-ce que les nouveaux projets immobiliers sont pris en compte dans votre calcul ?
Et sur combien d’années se fait votre prospective? 3 ans? 5 ans? 10 ans ?
Concernant la répartition territoriale de cette baisse démographique dans le département du Nord, quel est le degré de précision de vos prévisions puisque la baisse du nombre d’élèves ne touchera pas de la même manière nos territoires.
Si cette baisse commence à toucher l’enseignement primaire, nous avons seulement quelques années avant qu’elle ne se répercute sur l’enseignement secondaire.
Au Congrès des Maires du Nord, Christian Poiret a évoqué la fermeture de certains collèges : où en est l’état de la réflexion sur ce sujet ?
Enfin, toujours concernant la jeunesse, et parce que les collégiennes et collégiens d’aujourd’hui sont les lycéennes et lycéens de demain, nous ne pouvons pas nous taire sur la mobilisation lycéenne inédite qui est en cours.
Vous le savez, depuis quelques semaines, lycéennes et lycéens se mobilisent.
Derrière ces mobilisations, il y a un message que nous devons entendre : celui d’une jeunesse qui refuse d’étudier dans des lycées dégradés, en manque d’enseignants et insuffisamment adaptés aux défis climatiques.
C’est pour ça, que ces jeunes manifestent et c’est pour ça que nous sommes à leur côté et que nous le serons encore demain midi.
Si nous sommes à leurs côtés, c’est pour faire valoir leur droit de manifester, en toute sécurité parce que sincèrement, Monsieur le Préfet, nous ne pouvons accepter la-dite « proportionnalité » des mesures des FDO : beaucoup de gestes des FDO ne nous semblent ni proportionnés, ni acceptables dans une démocratie. La légalité même de certains gestes interroge. Et les jeunes les plus visés sont le plus souvent, des jeunes racisés, filles ou garçons comme Bérénice vendredi dernier, mise en GAV suite à une interpellation au lycée Pasteur de Lille.
En appliquant des doctrines délétères exposées dans son « Guide opérationnel des violences urbaines » (le « Govu »), le gouvernement fait le choix grave d’assimiler les jeunes à des ennemis intérieurs à neutraliser par des armes de guerre.
Le droit de s’exprimer et de se réunir convoque des libertés fondamentales garanties par notre Constitution, par la Convention européenne des droits de l’Homme et des libertés fondamentales et par la Convention internationale des droits de l’enfant de l’Onu.
Il nous incombe de les défendre et de nous opposer à cet usage disproportionné et arbitraire de la force.
Monsieur le Préfet,
Face à l’urgence climatique, à l’effondrement de la biodiversité, à l’explosion des inégalités, aux difficultés de la protection de l’enfance et aux attentes légitimes de nos jeunesses, nous avons besoin d’un État plus ambitieux et plus transparent sur les effets réels de ses politiques publiques.
Je vous remercie.

